Bienvenue Gaspard

Une naissance traversée à leur rythme

Gaspard, ton histoire commence bien avant ta naissance.

Pour ta grande sœur, tes parents avaient imaginé une naissance douce, physiologique, au cocon. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme ils l’espéraient. À 38 semaines, lors d’un contrôle de routine, l’hypertension de ta maman a conduit à une décision rapide de déclenchement. Tout s’est enchaîné vite, sans vraiment leur laisser le temps de comprendre, ni de choisir.

Ce premier accouchement a été vécu comme quelque chose de subi. Les interventions se sont succédé, les sensations ont été intenses, parfois brutales. Tes parents se sont retrouvés seuls à des moments où ils auraient eu besoin d’être guidés, soutenus, entourés.
Ta maman a été emportée par la puissance des contractions, amplifiées par l’ocytocine, sans repères pour s’y accrocher. Ton papa, lui, ne savait pas comment l’aider, ni même si ce qu’ils vivaient était “normal”.

Même si ta sœur est née dans l’eau, comme ils le souhaitaient, il est resté un sentiment profond d’incompréhension, de solitude, et une empreinte émotionnelle forte. Les semaines qui ont suivi ont été difficiles. Une colère sourde, un sentiment d’abandon, et un lien à construire dans un contexte de grande fatigue et de bouleversement.

Alors, quand tu t’es annoncé, Gaspard, tes parents ont porté un autre souhait. Pas forcément un accouchement parfait. Mais un accouchement accompagné. Ils savaient que l’hypertension pouvait de nouveau amener à un déclenchement. Ils ne cherchaient plus à tout contrôler, mais à comprendre, à consentir, à être acteurs. Ils voulaient surtout ne plus être seuls.

Ta maman a pris le temps d’explorer ce qu’elle portait encore : la peur, la colère, les souvenirs du premier accouchement. Elle a mis des mots, déposé ses émotions, et peu à peu fait de la place pour toi, pour une nouvelle histoire. Elle s’est préparée, aussi, en visualisant ta naissance, en apprenant à apprivoiser les sensations, à retrouver de la sécurité en elle.

Malgré cela, certaines peurs restaient là. La peur de la douleur, devenue presque un traumatisme. La peur de revivre une perte de contrôle, d’être submergée. La peur d’être seule face à tout cela. Alors ensemble, nous avons cherché des repères. Des points d’appui. Des chemins possibles.

Et puis, dans la nuit du 27 avril, tout a commencé. Vers 0h20, les premières contractions se sont installées. Ta maman a pris un bain, pour écouter, pour sentir… et très vite, il n’y avait plus de doute : tu arrivais. À 0h53, ton papa m’a appelée. Les contractions étaient déjà bien présentes, régulières, engagées. Tout s’est ensuite enchaîné avec fluidité : attendre ta grand-mère pour ta sœur, partir pour la maternité, prévenir l’équipe. À leur arrivée, le service était à nouveau très occupé. Pas de baignoire disponible cette fois-ci. Mais quelque chose était différent.

La pièce s’est doucement transformée : une lumière tamisée, quelques étoiles au plafond, une odeur familière de lavande, votre musique en fond… Un cocon, recréé autrement. Ta maman était déjà profondément dans son travail. Connectée à son corps. Présente. Je suis descendue déplacer la voiture, et à peine remontée, ton papa m’a écrit : “Elle doit pousser.” Ta maman venait d’aller aux toilettes quand elle t’a senti descendre, irrésistiblement.

Je suis arrivée en courant, juste à temps. Et là…tu es né. Entre les jambes de ta maman, agenouillée, portée par son corps, par sa force, par ce mouvement de vie impossible à arrêter.

Gaspard, ta naissance a été rapide, intense, mais cette fois, tes parents n’étaient pas seuls. Ta maman n’a pas subi. Elle a traversé. Ton papa n’était pas perdu. Il était là. Et moi, j’étais à leurs côtés, pour soutenir, pour accompagner, pour faire le lien.

Cette naissance n’efface pas la première. Mais elle vient y déposer autre chose. De la présence. Du sens. De la puissance retrouvée.

Bienvenue à toi 💛

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